Par Sandra Folio — Co-fondatrice, Papillon Strategy

La base est la même. C’est juste le nombre de zéros dans le chiffre qui change.

C’est peut-être la chose la plus importante qu’on ait apprise en cumulant, entre nous deux, plus de quarante ans d’expérience dans des structures de toutes tailles — de la TPE familiale au compte clé international, du rayon grande surface à la direction commerciale sur plusieurs marchés. Les fondamentaux ne changent pas. L’exigence ne change pas. Ce qui change, c’est l’échelle. Et parfois, l’échelle cache l’essentiel.

Ce qu’on voit de l’intérieur d’une grande structure

Quand on est salarié dans une organisation bien construite, on bénéficie d’un luxe qu’on ne mesure pas toujours : une fois qu’on quitte le bureau, on ne porte plus le poids de la masse salariale. Les salaires seront payés. L’entreprise sera ouverte demain. Ce n’est pas un reproche — c’est une réalité. Et souvent, sans le savoir, les salariés ne voient que leur périmètre. Le leur. Pas celui d’à côté, pas celui du dessus, pas les arbitrages qui se font en silence chaque fin de mois.

On a aimé ce confort. On l’a utilisé pour apprendre, se former, observer. Les process — Sandra les aime, Stéphane les supporte —, mais on sait tous les deux qu’ils sont nécessaires pour structurer une activité. On a appris à les créer, les mettre à l’épreuve, les épurer jusqu’à ce qu’ils servent vraiment l’opérationnel. Pas les process pour les process. Les process pour avancer.

Ce que l’entrepreneur oublie parfois

Quand on passe de l’autre côté, il y a une pression différente. Si on ne fait pas, on n’avance pas. C’est aussi simple et aussi brutal que ça.

Mais ce qu’on oublie parfois — et on l’a vécu — c’est qu’une entreprise, même petite, ne peut pas tout faire faire par une seule personne. En grande structure, il y a des postes, des équipes, des expertises dédiées. L’entrepreneur doit apprendre à faire pareil, à la mesure de ses budgets. Déléguer ce qu’on ne sait pas faire. Confier à des gens formés le travail qui leur appartient. Et surtout : ne pas finir par passer ses journées sur tous les métiers de l’entreprise sauf le sien.

C’est une erreur classique. On doit comprendre, identifier les failles, avoir une vision d’ensemble — mais le cœur du métier doit rester le cœur. C’est pour ça qu’on existe.

Pourquoi on en est sorti

Ce n’est pas un rejet. Ce n’est pas une rupture. C’est plutôt ce sentiment, après des années, que l’expérience accumulée devient trop grande pour le cadre dans lequel on évolue. Qu’on a envie d’apporter la structure plutôt que de s’y insérer. De construire plutôt qu’occuper une case déjà dessinée.

Et puis il y a cette liberté-là : choisir avec qui on travaille, comment on travaille, à quel rythme. Ce n’est pas travailler moins. C’est travailler mieux — plus en accord avec ce qu’on est.

Aucun regret ? Aucun. Mais on s’interdit pas non plus d’en faire d’autres, des allers-retours. Chaque projet est une étape de vie. Il faut la vivre à fond.

La seule chose qu’on dira à ceux qui hésitent : tout le monde n’a pas les mêmes contraintes. Le coût de la vie, la famille, les enfants — tout ça pèse différemment pour chacun. Il n’y a pas de recette universelle. Il y a juste la question honnête qu’on se pose ou qu’on ne se pose pas.


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